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Quand la danse investit Bamako

Par Sarah Elkaïm (Photo : AntoineTempe.com)

Publié le 22/02/2011 à 23:55

Pays de riche culture, dont les autorités soutiennent la création, même si les conditions de survie des artistes sont souvent difficiles, le Mali compte de nombreux promoteurs culturels qui ne manquent ni d’idées, ni d’énergie. A l’image de l’espace culturel Donko Seko, fondé par la pétulante chorégraphe d’origine haïtienne Kettly Noël, installée dans le pays depuis une dizaine d’année. Dédié à la formation des danseurs, à la recherche artistique et à la diffusion culturelle, Donko Seko vise à participer au développement socio-économique du pays. Il organise chaque année le festival Dense Bamako danse. Sa collaboration avec Culturesfrance pour l’organisation de Danse l’Afrique danse constitue un enthousiasmant partenariat Nord / Sud pour la promotion de la danse contemporaine en Afrique. Tout aussi enthousiasmante, la participation financière du ministère de la culture malien à l’organisation de la manifestation : 150 000 euros provenant du budget national, auxquels il faut rajouter 50 000 euros de l’Union européenne et 50 000 euros du Fonds de Solidarité Prioritaire de l’ambassade de France. L’engagement ministériel ne vient pas de nulle part, puisque le Mali est l’un des rares pays d’Afrique à reconnaître la formation de danseur par un diplôme d’Etat du conservatoire.

Pour l’organisation du concours, pierre angulaire du festival, les directrices artistiques Kettly Noël et Sophie Renaud (directrice du Département des échanges et coopérations artistiques de Culturesfrance) ont reçu cent cinquante candidatures de vingt-deux pays différents. Dix solos et dix pièces collectives ont été retenus. Un programme riche et dense, au Palais de la culture Hamadou Ampaté Ba, au Centre Culturel Français, à l’espace culturel BlonBa… sans compter la programmation hors compétition (Plateau des festivals, Plateau des lauréats…) et la foultitude de spectacles hors les murs. Les rues de Bamako, la prison des femmes, l’hôpital du Point G, les lycées, les cours des familles, la festive rue Princesse ont aussi vibré au rythme de la création chorégraphique.

Jeudi 4 novembre, dans les jardins du Palais de la culture et en présence du ministre de la Culture Mohamed Elmoctar, le jury, présidé par le chorégraphe Angelin Preljocaj, rendait son verdict. Le prix de la catégorie solo est revenu à « My exile is in my head », du Nigérian Qudus Onikeku. Formé en France au cirque et à la danse, toujours « exilé à Paris », comme il se présente, il a bâti sa pièce autour des notes de prison de Wole Soyinka, The Man Died. Dialogue entre le danseur et le musicien, sur scène, entre les mouvements dansés et la voix, entre le corps et la vidéo, projetée sur peau. Pour la catégorie pièce collective, les jurés ne sont pas parvenus à départager les deux compagnies lauréates ; le prix revient donc ex aequo à la compagnie Mozambicaine Horacio Macuacua Compagny pour le spectacle Orobroy, stop ! ainsi qu’à la compagnie du Congo Brazzaville de Florent Mahoukou, Studio Maho, pour la pièce On the steps. Une mention spéciale a été décernée au prometteur danseur malgache Junior Zafialison, dont le solo Ail ? Aïe ! Aïe ! dénote une puissance et une originalité fertiles.
Puma Creative s’associe au verdict du jury en récompensant les lauréats d’un prix de 10 000 euros. Devant la trop rare présence des femmes dans la manifestation, la fondation de l’équipementier sportif a inauguré un nouveau prix de 5 000 euros, remis à Julie Iarisoa, pour sa compagnie Anjorombala. Il sera dorénavant décerné à chaque biennale de danse.

Au lancement de la biennale, Angelin Preljocaj annonçait, ravi, qu’il allait « pouvoir [s]e nourrir. » A voir sa mine réjouie, après l’annonce des résultats, le pari est gagné : « J’ai vu de la danse contemporaine africaine, et plus de la danse africaine contemporaine. C’est un glissement sémantique très important ! Les deux compagnies lauréates nous ont donné à voir des propositions absolument originales, sans rien de fabriqué. En Europe, la danse contemporaine a tendance à s’académiser. C’est salvateur de voir ce qu’on a vu en Afrique, car on a besoin de sang neuf ! » Un « sang neuf » que les artistes primés vont très vite partager avec un large public : ils bénéficient d’une tournée africaine en novembre et décembre avant la tournée internationale en 2011. Les compagnies lauréates gagnent par ailleurs une aide à la création d’un montant de 5 000 euros, pour un projet en 2011 – 2012. Le jeune danseur malien Aly Karambé et Junior Zafialison sont invités par le Ballet Preljocaj pour leur très beau duo Danse esprit, danse en corps et encore.

Danse hybride, riches d’influences diverses, des rythmes africains au hip hop, dialoguant avec la vidéo, interrogeant les plaies de l’Afrique, questionnant les identités… Danse l’Afrique danse, un réjouissant état des lieux de la danse contemporaine africaine. Rendez-vous en 2012 dans un autre pays d’Afrique pour de nouvelles découvertes !

Original link: http://www.afriquemagazine.com/cplus/article/quand-la-danse-investit-bamako/1/14/7

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